vendredi 6 juillet 2007

3 nouveaux blogues!

"Le blablablogue d'ajarn Jean" va fermer ces portes et céder la place à 3 nouveaux blogues. Deux blogues intégrés aux cours de FLE que je donne à l'université Naresuan:

1... 2... 3... Parlez! (expression et compréhension orales niveau A2)
1... 2... 3... Parlons-en! (conversation niveaux A2-B1 et B1-B2)

Et un blogue plus personnel:

Le Monde au bout des yeux

une sorte de journal de mes essais photographiques en Thaïlande.

dimanche 6 mai 2007

Thiounn, quand Cambodge rime avec rap et francophonie

Comme Keny Arkana et Diam’s, Thiounn est un chanteur, au rap engagé, à la fois sensible et vigoureux. Fils de réfugiés cambodgiens, né à Montpellier en 1976, Thiounn grandit dans la région parisienne et vit une enfance partagée entre la culture asiatique de ses parents et celle, occidentale, de la France. Il découvre le hip hop* au début des années 90, monte un groupe, puis se lance en solo. En 2004, il autoproduit un album intitulé « Premier exil », dans lequel il évoque les terribles souffrances de son pays d’origine. Sur le site Internet de Thiounn, Virak dit de l'artiste qu’il est « le croisement de plusieurs champs musicaux : le Cambodge, sa langue et sa tradition musicale foisonnante, raffinée et dépaysante. New York, La Mecque du rap et sa musique épurée, percutante et urbaine. La France et son vocabulaire riche et complexe ainsi que son cosmopolitisme ».

* Si vous ne connaissez pas la différence entre hip hop et rap, je vous recommande la lecture de l'article de Soukaz sur le site Raptiviste.net .
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Voici le clip et les paroles de « Phnom Penh 75», un titre tiré son album « Premier Exil»:

Le fichier MP3 (meilleur son)



Phnom Penh 75



Voilà la mémoire qui parle par ma voix / dévoile par devoir ces vies noircies sans choix. / Misère asiatique - Echec politique - Ruine économique / Black out médiatique - Destinée tragique. / Dans mon pays le poignard sévit ; chacun craint pour sa vie / même vêtu des attributs du parti. / L’exode comme remède peu s’en remettent la vessie vidée de sang, / déferlent sur les camps étouffant crevant. / Ouvriers contraints nourris au riz bouilli. / Dur labeur, sort mortel, l’horreur s’atèle aux regards qui meurent sans bruit. / Des nuits entières de vœux pieux, / genoux à terre à croire Dieu miséricordieux. / Ces gosses larmoyants qu’on dresse l’arme au poing à l’art militaire. / Ces membres en moins ces armes du meurtre au gramme au programme amer. / Odeurs de souffre, douleurs au cœur du gouffre. / Sous le poids de l’ogive la brique s’engouffre. / Et cet incessant manège ardent d’inquisition. / Arpège strident - Cortège cinglant d’humiliation. / Doctrine incisive - Utopie abrasive. / Thiounn rap les meurtrissures dans la salive.

Refrain 4x:

Dans mon pays. / Derrière ces sourires d’enfant le martyre perçant. / Ces sourires d’enfants le martyre.

Au fond du fossé ces femmes défigurées forcées / à goûter du foutre du forcené. / Foie du forçat, festins funestes sous la flambée. / Le fléau affame ceux qui eurent le savoir trop fier se sont confiés. / Hurlent aux postes frontière, ces nourrissons échappés d’l’arrière, / du sang qui bout rouge comme ces sales khmers. / Les raclures qui de pitié n’en eurent ni pour nos parents pour sûr / à voir de ces réfugiés les figures. / Des vies s’éteignent sous la torture au confins des ruines. / Le charnier imprègne, saigne la rancune. / Règne le dégoût criant de peine ; la rage digne. / Des lambeaux de tissus sous la peau comme seule fortune. / A ceux des miens dont l’âge ne permit guère plus d’égards. / Le feu la guerre à la force de l’ignare. / Ils firent de mes frères d’autres ignares au front, / là où les corps maigres suintent la mort la houe au fond. / Les mains gonflées du pus l’usure du besogneux / du pendu silencieux. / De cette terre où souffrirent ceux-là de mes frères. / Sol outragé - Affres de l’affrontement étrangères.

Refrain 8x

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jeudi 5 avril 2007

Appareillons!


"Les vieilles habitudes ont la vie dure"

(Nakhorn Sawan, mars 2007)

Chers amis blogueurs de tous bords, je pars ce soir et serai de retour le 22 avril. Je pars à Prague. Au seuil d'un voyage un peu lointain, des bribes du poème de Baudelaire me reviennent toujours à la mémoire. Le voici en entier. A bientôt.

Le voyage
A Maxime Du Camp.

I

Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom !

II

Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule,
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où !
Où l'homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
Une voix retentit sur le pont : " Ouvre l'oeil ! "
Une voix de la hune, ardente et folle, crie .
" Amour... gloire... bonheur ! " Enfer ! c'est un écueil !

Chaque îlot signalé par l'homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin ;
L'Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu'un récif aux clartés du matin.

Ô le Pauvre amoureux des pays chimériques !
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d'Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?

Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l'air, de brillants paradis ;
Son oeil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.

III

Etonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons.

Dites, qu'avez-vous vu ?

IV

" Nous avons vu des astres
Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ;
Et, malgré bien des chocs et d'imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.

La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.

Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contenaient l'attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux !

- La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d'engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près !

Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès ? - Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !

Nous avons salué des idoles à trompe ;
Des trônes constellés de joyaux lumineux ;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ;

" Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse. "

V

Et puis, et puis encore ?

VI

" Ô cerveaux enfantins !
Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût ;
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout ;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu'assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;

Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;

L'Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
" Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! "

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l'opium immense !
- Tel est du globe entier l'éternel bulletin. "

VII

Amer savoir, celui qu'on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image
Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui !

Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,

Comme le Juif errant et comme les apôtres,
A qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d'autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.

Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier : En avant !
De même qu'autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le coeur joyeux d'un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent : " Par ici ! vous qui voulez manger

Le Lotus parfumé ! c'est ici qu'on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n'a jamais de fin ? "

A l'accent familier nous devinons le spectre ;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
" Pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Electre ! "
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

VIII

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !

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Merci à Poésie française de la société Webnet

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mardi 27 mars 2007

Marie Pape-Carpentier, fondatrice de l'école maternelle

« Que l’air, la lumière, la gaieté circulent à grands flots dans vos classes. Que poussent les rosiers, les liserons, les haricots, qu’importe ! Pourvu que l’école soit entourée d’un jardin, qui sera le lieu de mille leçons de choses, il ne faut pas amuser les enfants, il faut les intéresser. Il y a quelque chose d’irréductible au fond de tout être humain, contre laquelle l’éducation ne peut rien, c’est ce qui fait l’individualité. L’enfance ne devrait être que le moment privilégié où l’on acquiert tout ce qu’il faut pour soi-même afin de devenir un homme, ou une femme, libre, responsable et autonome. Révélez à l’enfant ce qui en lui ne se laisse ni éduquer ni former, soyez plus que des éducateurs, soyez des libérateurs ! ».

Cet émouvant plaidoyer en faveur d’une éducation humaniste est un moment fort du film "La volière aux enfants", diffusé hier soir par TV5 Monde. Il fut prononcé, en 1867, par Marie Pape-Carpentier, lors de la conférence qu’elle donna à la Sorbonne aux futurs instituteurs du pays. Marie Pape-Carpentier fut la première femme à avoir donné une conférence à la Sorbonne. Pédagogue longtemps méconnue, elle a pourtant joué un rôle essentiel dans l’histoire de l’éducation en France et est considérée aujourd'hui comme la fondatrice de l'école maternelle. Si vous n’avez pas vu le film, guettez sa rediffusion sur TV5 Monde . En attendant, voici quelques liens pour en savoir davantage :

"Marie-Pape Carpentier" par Colette Cosnier

mercredi 21 mars 2007

Les jonques géantes de l'amiral Zheng He

Le documentaire intitulé « La grande histoire des cartes » que TV5 Monde vient de diffuser ce matin (et qui sera diffusé une deuxième fois le 28 mars prochain) était particulièrement intéressant et instructif. Non seulement, il m’a permis de mieux comprendre les grandes étapes de la cartographie, de la première carte connue, gravée dans la roche, jusqu’aux images satellite de la mappemonde virtuelle de Google Earth, mais il m’a également permis de sortir de ma vision eurocentrée de l’évolution historique, d’une part en mettant en valeur le rôle du monde arabe dans la diffusion des connaissances au sortir du Moyen-Âge, d’autre part, en me faisant découvrir un personnage historique de première importance : l’amiral chinois Zheng He.



Peut-être le connaissez-vous déjà... Huo Jianying, dans un article de La Chine au présent, dit qu’il est pratiquement plus connu en Asie du Sud-Est qu’en Chine ! En Occident, j’ai découvert qu’il l’était de plus en plus, surtout depuis la publication en 2002 du livre de Gavin Menzies intitulé « 1421, l'année où la Chine découvrit le monde». Selon l'historien britannique, l'amiral chinois Zheng He aurait découvert les Caraïbes 72 ans avant Christophe Colomb et aurait été le premier navigateur à faire le tour du monde, un siècle avant Magellan. Plus encore, il soutient que les cartes et planisphères européens du milieu du XVè siècle ont été établis grâce aux observations de l’amiral chinois. Une carte découverte en 2001 par l'avocat et collectionneur chinois nommé Liu Gang vient conforter sa thèse : cette carte, qui représente de façon assez exacte l’ensemble du monde, et qui serait la copie d’un original datant de 1418, exécutée en 1763 par un copiste chinois, montrerait que les Chinois ont découvert le monde 70 ans avant Christophe Colomb.

La carte de l'avocat et collectionneur chinois Liu Gang est-elle un faux?



Son authenticité reste cependant à prouver. De nombreux chercheurs en doutent. Sur son site Internet, Gavin Menzies n'hésite pas à l'authentifier comme "Zheng He's integrated map of the world, 1418". Pour certains spécialistes comme le professeur Mao Peiqi, vice-directeur du Centre de recherches sur les voyages de Zheng He, de l'Université du peuple, cette carte est fausse, elle ne correspond pas au savoir faire de l’époque et aurait été fabriquée au cours des 20 dernières années. Il semble donc que l’amiral chinois Zheng He soit aujourd’hui au centre d’une polémique de plus en plus vive. Ne disposant que de trop peu d’éléments pour pouvoir me prononcer, je préfère m’en tenir aux faits historiques avérés. Qui était l’amiral chinois Zheng He et que s’est-il donc passé en ce tout début de 15ème siècle ? J’ai fait une petite recherche sur Internet et voici les informations que j’ai pu rassembler.



Il y a plus de 600 ans, le 11 juillet 1405, les 62 baochuan (« bateaux précieux ») de la « Flotte des trésors » quittent le port chinois de Liujiagang* à destination de l’Inde. A leur tête, un colosse de près de deux mètres, l’amiral Zheng He (Cheng-Ho), chargé par l’empereur chinois Zhu Di (Yong-Lo ou Yongle) de nouer des relations commerciales et diplomatiques dans les pays des mers du Sud. La « Flotte des trésors » est une véritable armada, « la flotte la plus puissante que le monde ait jamais connue », assure la tradition chinoise. Ses baochuan sont des vaisseaux d’une taille impressionnante pour l’époque : les plus grands mesuraient 130 mètres de long pour 60 mètres de large, et emportaient un équipage de plusieurs centaines d’hommes. A côté d’eux, les caravelles de Christophe Colomb, cinq fois plus petites, avec une quarantaine de marins seulement, auraient semblé des coquilles de noix !

Comparaison d'une caravelle de Colomb avec une jonque de Zheng He

Il ne faut pas oublier qu’au XVème, la Chine de la dynastie des Ming (1368-1644) est très en avance sur les pays occidentaux dans de nombreux domaines, notamment dans le domaine naval . Claudio Sepulveda rappelle quelle était la puissance maritime chinoise :
« Les quatre siècles ( du XIème au XVème siècle ) de puissance maritime chinoise correspondent à l'époque de la grande jonque, témoins d'une continuité de traditions maritimes et de supériorité technique sur le Portugal et l'Espagne. Entre autres innovations :
1. des instruments de navigation comme la boussole et le compas ;
2. l'utilisation de plusieurs mâts dès le IIIe siècle ( l'Europe attendit le XVe pour les adopter ) ;
3. le bateau à aubes mille ans encore avant l'Europe ; et
4. le gouvernail-fenêtre, plus facile à manier, quelque 700 ans avant ( XXème siècle pour l'Europe ) ».


Entre 1403 et 1433, au cours de ses sept expéditions, Zheng He (Cheng-Ho) établit des contacts avec plus de 30 pays et des régions de l’Asie du Sud-Est, des pourtours de l’océan Indien et de la mer Rouge, et de la côte est de l’Afrique.


Les expéditions de l'amiral Zheng He, de 1405 à 1433

Comme il appartenait à une minorité de confession musulmane, les Hui, sa nomination en tant que commandant en chef et ambassadeur impérial contribua à développer des relations amicales entre la Chine et de nombreux pays de l’Islam. Hormis quelques interventions ponctuelles, les expéditions de Zengh He furent généralement pacifiques. Dans un article du journal Le Monde daté du 25 janvier 2005, Jacques-Marie Vaslin explique que "le but de cette expédition n'est pas commercial mais essentiellement diplomatique. Zheng He, un eunuque au service de l'empereur, devait s'assurer de l'allégeance des souverains visités. En échange du versement d'un tribut, parfois symbolique, et de leur vassalité, les pays gagnaient la protection militaire de la Chine". L'histoire de la tablette trilingue de Ceylan montre cependant que les efforts diplomatiques de Zheng He se heurtèrent parfois à des tensions locales, voire des résistances, et eurent vraisemblablement des prolongements militaires.

Stèle de l'amiral Zheng He, Musée national, Colombo; les inscriptions de cette stèle sont gravées en chinois, en tamoul et en persan. Elles rendent hommage, côte à côte, à Bouddha, Shiva et Allah. La stèle fut érigée en 1411 lors du troisième voyage de l'amiral Zheng He à Ceylan.


Malgré tout, Dr Johannes Widodo estime que « le plus grand héritage de l’amiral Zheng He est la coexistence pacifique de différentes religions et de différents groupes ethniques. Il a favorisé l’esprit de tolérance, d’ouverture et de respect de la différence à travers la pratique des échanges commerciaux et culturels, résultant dans une fusion harmonieuse, un sentiment d’appartenance commune et d’une identité partagée à travers l’Asie du Sud-Est ». Son passage en Asie du Sud-Est laissa une empreinte si vivace qu'il y fut divinisé : son culte survit encore de nos jours où il est vénéré sous le nom de Sanbao Miao, corruption de son titre officiel de Sanbao Taijian.

En 2001, l’UNESCO a adopté la Déclaration universelle de l'UNESCO sur la diversité culturelle et « confirmé son engagement en faveur de la féconde diversité des cultures dans un esprit de dialogue et d’ouverture, prenant en compte les risques d’homogénéisation et de repli identitaire liés à la mondialisation ». Avant-hier, lundi 20 mars, c’était la Journée de la Francophonie, intitulée « Vivons ensemble, différents ». Il est possible que, sur la voie du dialogue et du respect de la différence dans un contexte de mondialisation, l’amiral chinois Zheng He nous ait tous devancé... il y a plus de 600 ans!

* Liujiagang est l'ancien port de Taicang, près de Shangaï, dans l'embouchure du Changjiang (Yangtsé), actuelle province du Jiangsu.

À voir:

  • La grande histoire des cartes, écrit par Dominique Lecourt et Éric Wastiaux, réalisé par : Éric Wastiaux; documentaire produit par : Françoise Castro. BFC Productions avec la participation de France 5; durée : 52’ 34; avec : Christian Grataloup, professeur de géographie historique, Université de Paris VII ; Michèle Beguin, maître de conférences CNRS ; Roger Brunet, géographe ; Jean Lefort, auteur de « L’aventure cartographique » ; Charles Mela, Directeur de la Fondation Martin Bodmer à Genève ; Monique Pelletier, historienne ; Hélène Richard, directeur du département des cartes et des plans à la BNF ; João Marinho Dos Santos, professeur d’histoire militaire, Université de Coimbra ; Francisco Contente Domingues, Vice-Président de l’Académie de la Marine de Lisbonne ; Gérard Chappart, chef de la Cartothèque Institut Géographique National ; Françoise de Blomac, géographe, journaliste.

A vos écrans et à vos magnétoscopes, ce programme sera diffusé une deuxième fois le 28 mars, à 3 heures du matin malheureusement! Si vous êtes prof et que vous avez besoin de conseils pour l'exploitation pédagogique de ce documentaire en classe de FLE:


À lire:

vendredi 16 mars 2007

Somboon et Dédé, deux amoureux de l'image

Aujourd’hui, mon humeur d’internaute m’a porté, au petit bonheur, vers le site d’un couple d’artistes franco-thaï, Somboon Phoungdorkmai et André Lurde. Somboon est une des premières personnes que j’ai rencontrées lors de mon premier voyage en Thaïlande en 1989. Elle avait alors déjà abandonné son métier de professeur au Collège d’Arts et Métiers de Poh-Chang pour se consacrer entièrement à la peinture, et, le week-end, animait « La Ruche » (Rang Peung), un café d’artistes du marché de Chatuchak, dans le nord de Bangkok. Je me souviens de son sourire modeste et accueillant, de ses yeux et de son extrême gentillesse. Si je ne me trompe pas, ses tableaux étaient à l’époque encore marqués par l’influence surréaliste et imprégnés de l’esprit contestataire des années 70 (voir Sanitsuda Ekachai dans Courrier International, n°781 - 20 oct. 2005). Ils sont aujourd’hui bien différents. L'artiste semble avoir décidé de tourner son regard vers la nature, la lumière et la beauté - je pense au peintre chinois de la nouvelle de Marguerite Yourcenar intitulée « Comment Wang-Fô fut sauvé ? » - même si dans de nombreux tableaux, on continue de sentir son attachement à la terre d'Asie, à ses peuples, à ses enfants, et à leur devenir comme dans Questioning about prospects of a slumboy.



Lotus et plantes aquatiques resplendissant durant la mousson en Thaïlande. (Aquarelle, 1993)



Questioning about prospects of a slumboy (aquarelle, 2002?)



André Lurde, quant à lui, s'est lancé dans l'aventure photographique, il y a plus de 10 ans, avec le même mélange de modestie et de passion. Il vous propose de nombreuses photographies prises enThaïlande, au Laos, au Cambodge et au Vietnam. Alors, prenez le temps d'aller visiter Artsomdede Studio, et d'y faire, comme vous y invitent ces deux amoureux de l’image, « un voyage en Peinture d'Art et en Photographie »... Si le voyage vous plaît, si le temps ne vous est pas trop compté, explorez ensuite les galeries du Musée d'Art Rama IX, vous pourrez y découvrir la biographie et les oeuvres de très nombreux artistes thaïlandais contemporains.